Des hommes

Le réseau associatif : témoignage

L’association Consommation Logement Cadre de Vie Arc-en-ciel.

Mme Bousquet, auteur du livre " Histoire de la Devèze"

«Ici on a toutes les couleurs…On accueille des femmes et des enfants, les jeunes viennent aussi au foyer. Ils pratiquent le foot en salle. Il y a des discussions sur l’avenir du quartier et tous les mardis, le café des parents ; il y a toujours des problèmes à évoquer, on prépare des week-end pour faire des sorties …Et puis avec l’union locale, il y a eu la création d’un atelier d’écriture sur le vécu des gens dans le quartier… Moi, quand je suis venue c’était vraiment le paradis…On habitait en ville, on n’avait pas de douches, de baignoires, de chauffage central, il fallait faire avec du charbon, ici, ça nous a changé la vie. Au début tout a été construit pour les pieds-noirs et je voudrais vous parler du ressenti des gens qui ont du les recevoir et qui ne les recevaient pas bien ; ils n’étaient pas bien vus parce qu’il n’y avait pas travail et que c’était eux les prioritaires, ça a été difficile car il fallut intégrer beaucoup de personnes par le travail.»

« L’association a lutté pour obtenir de nombreux avantages sociaux, défendre les parcs et leurs arbres, la construction des écoles et minimiser les risques écologiques en raison de la proximité de l’usine chimique la Littorale, surtout entre 1977 et 1998... Ah la grande fête de 1975, tout le monde s’en souvient, c’était sur trois jours, il y avait tous les groupes de gyms, de boulistes, la kermesse etc. … c’était joyeux, tout le monde avait participé, on est plus jamais arrivé à faire pareil …En 1993, il y a eu la création d’une pièce de théâtre, au moment de la réhabilitation, on a fait des improvisations, j’ai été actrice dans la pièce, les architectes étaient dans le public, on les critiquait gentiment en chanson pour les trous et les ascenseurs en panne de Capendeguy … L’avenir ? (petit temps de réflexion)…
Les familles et les gens qui sont partis avec tous ces travaux et surtout Capendeguy qui sera détruit, on les remplacera pas dit-elle avec une grande émotion dans la voix. »

Une future association pour les 16/21 ans?

Mohamed Bentayeb

« Mohamed Bentayeb (31 ans) est animateur socioculturel à l’espace de quartier Aragon avec une spécialisation liée à l’insertion socioprofessionnelle en direction des jeunes de 16 à 21 ans. Il est né en Algérie de parents Algérien et Marocain.»

« J’avais 6 ans en 1982, tout était construit quand je suis arrivé à la Devèze, c’était un jardin enchanté, on était bien, l’appartement était grand, chacun avait sa chambre. Puis mes parents ont décidé de déménager pour nous donner plus de chance de réussir dans la vie. Ils ont voulu nous donner une autre éducation. Dans les familles maghrébines parfois c’est un voisin qui éduque le fils du voisin. »
« Moi, j’ai grandi comme ça, si je voulais faire une bêtise, j’avais peur qu’un autre papa m’entreprenne, il m’aurait mis une fessée comme mon père. Mais avec l’arrivée de populations nouvelles qui ne comprenaient pas ce mode de vie çà a commencé à changer et à partir de là, il y eu des conflits, c’est pour ça que mes parents ont décidé d’acheter une villa, en bordure du quartier …Au centre commercial, il y a tout ce qu’il faut et c’est là qu’on rencontre le plus de monde…. »

« Dans ce grand quartier il y a plusieurs petits quartiers avec parfois des tensions entre eux … Il y a un contraste, le quartier est défavorisé à l’intérieur et en bordure, les villas, c’est pas la même population, c’est plus riche. C’est comme une frontière…Moi, elle m’ennuie… Les jours de marchés, je me lève à 7h00 du matin et j’y vais. Là, je ne sens pas de racisme, je ne sens pas de différences. On y achète nos fruits, le pain. 0n y croise des gens qu’on n’avait pas vu depuis longtemps et on discute…Vous voyez des maghrébins parler avec des français, des européens. C’est mélangé. Ce mélange, je le sens, il arrive.»

« Je voudrais bien créer une association pour les 16- 21 ans. C’est de cela dont j’ai envie pour le quartier de la Devèze. »

L’association " Rayon de soleil "

Rosalie Ferrier

Mme Rosalie Ferrier, animatrice et membre fondateur de l’association " Rayon de soleil", réalisant des actions à portée sociale et culturelle destinées à un public féminin par féminin par le biais de sorties culturelles, de fêtes, de rencontres, de repas, de discussions et la réalisation de projets de la vie quotidienne (passer le permis, poursuivre des études).

En parlant des femmes du quartier, elle nous confie :
« ces femmes ont un savoir-faire qui n’est pas utilisé ! Avec l’association elles ont des ouvertures vis-à-vis d’elles et de leurs enfants… Beaucoup de femmes ne sortaient pas, nous sommes allés à Marseille, Toulouse, Nîmes, Paris. Et puis nous avons réalisé des échanges formidables grâce au théâtre municipal, des acteurs sont venus chez l’habitant et au CADA (le centre de réfugiés au cœur de Capendeguy) et beaucoup d’amitiés se sont liées ainsi. Nous avons une multitude de cultures que nous pouvons cultiver, la devèze je trouve que c’est unique, ces marchés colorés, ces parcs et surtout les gens sont gais, vivants, ils partagent ».

Le comité de quartier Gargailhan

Guy Derocles

Le comité de quartier de Gargailhan, créé il y a 7 ans, compte 200 familles adhérentes aujourd’hui. Son fondateur Guy Derocles, né en Algérie en 1937 à Benissaf où son grand-père fut maire pendant 25 ans, d'origi-ine ardéchoise et Alsacienne nous confie : « moi, je parlais le français, l’espagnol, l’arabe et la langue du secteur : le pataouèt mélange des trois langues. On avait une amitié énorme en Afrique du Nord, on s’entraidait parce que les anciens nous avaient toujours inculqué qu’entre communautés : il fallait s’entraider ! De l’exode en France après la guerre d’Algérie, la gorge serrée et les larmes aux yeux, il dit : « on avait créé un fossé entre les français et les français d’Afrique du Nord ; un fossé entre les français et les musulmans … Au début, à la devèze, il y avait une concentration de pieds-noirs, le soir on buvait l’anisette, on faisait la Kémia (la petite fête).

La démolition des grands ensembles permettra aux gens d’être considérés".
Guy Derocles

Puis, il y a eu une forte vague d’immigration, ils sont venus s’entasser malgré eux … j’ai rencontré les jeunes du quartier, pris contact avec les pères, je me suis fait des amis (on dit oulami, le frère) et nous avons bu le thé sous le figuier … L’Imam, je l’ai vu gamin, je mange avec eux pour l’Aïd el Kébir…La famille de Monsieur Benouar (le directeur de l’espace de quartier) est originaire de la même région que moi en Algérie, mais moi je suis né là-bas, lui, il est né ici à Béziers. » Des souvenirs ? « Ce qui m’a toujours plu, c’est quand le matin, les enfants partaient à l’école seuls, avec leurs cartables, c’est des trucs qui me … (émotion dans la voix et en fond sonore le rire des enfants qui jouent au pied de l’espace de quartier) ... et que je vois plus … maintenant c’est l’automobile, la violence, alors c’est une image que je garde profondément parce que je trouve que c’est celle de notre époque. »